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Alors que nous avons longtemps considéré l’employabilité comme un catalogue de savoir-faire techniques, la recherche scientifique et la réalité des organisations convergent aujourd'hui vers une conclusion radicale : l’employabilité est devenue une méta-compétence, essentiellement cognitive et comportementale.
L’illusion de la pérennité technique : pourquoi vos "Hard Skills" expirent
Pendant des décennies, le contrat social était simple : apprenez un métier, maîtrisez ses outils, et votre employabilité sera garantie par votre expertise. Dans un monde linéaire, les hard skills étaient des actifs à longue durée de vie.
Mais nous ne vivons plus dans un monde linéaire. En 2026, l’obsolescence des compétences techniques s’est accélérée au point de transformer nos CV en denrées périssables. Face à cette érosion, la « capacité à faire » s’efface devant la « capacité à devenir ». C’est ici que l’employabilité bascule d’une dimension technique vers une dimension psychosociale. Elle est désormais définie comme une méta-compétence qui intègre différentes compétences transversales permettant de rester actif sur le marché du travail.
Objectiver et mesurer la « capacité à devenir » : psychométrique EAS-60
Une étude séminale publiée dans Frontiers in Psychology par González-Navarro et ses collaborateurs (2023) apporte une validation empirique cruciale à ce changement de paradigme. Les chercheurs y ont validé l’échelle EAS-60 (Employability Appraisal Scale), un instrument conçu pour identifier et améliorer les compétences nécessaires à l’employabilité dans des contextes de changement permanent.
Les 5 piliers de la nouvelle employabilité
Selon les travaux de González-Navarro et al., l’employabilité repose sur cinq indicateurs clés qui vont bien au-delà de la maîtrise d'un logiciel ou d'une méthodologie de gestion projet.
1. Ressources et forces pour l'emploi : Cela inclut la persévérance, l'autonomie, l'initiative et la capacité de planification. Ces comportements favorisent non seulement la recherche d'emploi, mais aussi la progression et le maintien dans le poste.
2. Risques et faiblesses : Ce facteur identifie les lacunes en gestion du temps ou la conscience des insuffisances de qualification objective qui freinent l'insertion.
3. Auto-contrôle émotionnel : Il s'agit de la gestion des impulsions et des émotions négatives (colère, frustration) au sein des relations interpersonnelles avec les collègues, clients ou managers.
4. Comportement proactif : La capacité d'apprentissage continu et la volonté de s'épanouir dans son contexte personnel et professionnel, malgré les obstacles.
5. Compétences de présentation de soi : Comportements visant à soigner son image professionnelle et sa mise à jour constante face aux exigences du marché.
L'étude démontre que ces dimensions sont interconnectées et prédisent la capacité d'un individu à naviguer dans l'incertitude.
Le Leadership Capability Gap en contexte d’incertitude
Si l’employabilité change de nature, le leadership doit lui aussi muter. Nous observons aujourd'hui un Leadership Capability Gap majeur : un décalage entre les compétences de gestion traditionnelles et les besoins de pilotage de l’humain dans un environnement macro marqué du sceau de l’ambiguïté et de la volatilité.
Dans un environnement instable, le rôle du leader n'est plus de fournir des certitudes, mais de développer la tolérance à l’ambiguïté de ses équipes.
• Tolérance au stress : Ce n'est plus une option mais un mécanisme de survie. Un leader doit savoir transformer le stress de l'imprévu en moteur d'adaptation.
• Learning Agility : Le leader doit encourager l'erreur apprenante. C'est le seul moyen de maintenir l'agilité cognitive du collectif.
Ce gap capacitaire réside souvent dans la difficulté à évaluer ces dimensions. L'utilisation d'outils validés comme l'EAS-60 permet aux DRH d'objectiver des compétences autrefois jugées « immatérielles » et de créer des parcours de formation personnalisés.
L’employabilité comme engagement social
En France, cette mutation n'est pas seulement une tendance RH ; c'est un impératif stratégique et légal.
1. Le cadre légal : au-delà de l'article L6321-1
L’article L6321-1 du Code du travail impose à l’employeur de maintenir l’employabilité de ses équipes face aux mutations technologiques et organisationnelles. Cependant, si l’employabilité se mesure désormais en compétences comportementales (gestion du stress, auto-contrôle, proactivité), former uniquement aux outils ne suffit plus. Une entreprise qui néglige le développement psychosocial de ses salariés pourrait être jugée défaillante dans son obligation de sécurité et de maintien en emploi.
2. Le nouveau « S » de la RSE
Intégrer l’employabilité dans la stratégie RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) transforme une obligation « froide » en un engagement éthique. C’est ce que les chercheurs appellent la "Green Human Resource Management" (GHRM).
• Durabilité Humaine : La GHRM vise la durabilité organisationnelle en s'occupant du « facteur humain ». L'objectif est de satisfaire les parties prenantes par une interconnexion harmonieuse entre les sphères économique, sociale et environnementale.
• Inclusion et lutte contre le "Grief" professionnel : L’évaluation des compétences comportementales permet d'atténuer la souffrance ou le « deuil » (grief) ressenti par les travailleurs, notamment les plus âgés, face à la peur de l'obsolescence de leurs compétences.
• Équité sociale : En utilisant des mesures standardisées et objectives, les entreprises peuvent éviter les discriminations envers les groupes vulnérables et offrir de véritables plans de carrière plutôt que de simples postes précaires.
L’entreprise responsable de 2026 est celle qui rend ses salariés plus employables à la sortie qu'à leur entrée.
Conclusion : vers une société de la connaissance résiliente
L’employabilité « nouvelle génération » exige une révolution copernicienne. Nous devons passer d’une logique de stock (quelles compétences possède-t-il ?) à une logique de flux (comment traite-t-il l’information et l’imprévu ?).
L’étude de González-Navarro et al. (2023) souligne que l’employabilité est une construction sociale résultant d'une interaction réciproque entre l'individu et son environnement. Pour les organisations, investir dans les compétences psychosociales et la formation au changement permanent n'est pas un luxe humaniste, c’est une stratégie de défense contre l’incertitude et un pilier fondamental de leur responsabilité sociale.
Pour unrest.work, le message est clair : l’avenir appartient à ceux qui ne craignent pas l’ambiguïté, non pas parce qu’ils ont toutes les réponses, mais parce qu’ils possèdent la structure cognitive pour les construire en temps réel.
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